La plus connue des IA françaises est Mistral AI, une société parisienne qui édite l’assistant Vibe (l’ancien Le Chat) et des modèles d’IA ouverts. Autour d’elle : LightOn pour les entreprises, les laboratoires Kyutai et H Company, et Albert, l’IA de l’État, réservée aux agents publics. Mais « française » ne garantit qu’une chose, le siège de l’éditeur : où tes textes sont traités, chez quel hébergeur et sous quel droit, il faut le vérifier à part.
Tout ce qui suit a été relevé le 22/10/2026 sur les pages officielles des éditeurs, de l’ANSSI et de l’Union européenne. Ce paysage bouge vite : deux acteurs cités plus bas sont en cours de rachat.
Quelles sont les IA françaises en 2026 ?
| Ce que c’est | Pour qui | Accès | |
|---|---|---|---|
| Mistral AI (Paris) | l’assistant Vibe (ex-Le Chat) et des modèles d’IA, dont plusieurs ouverts | tout le monde, particuliers et entreprises | formule gratuite limitée, formules payantes |
| LightOn (Paris) | une plateforme d’IA pour chercher et travailler dans les documents de l’entreprise | les entreprises et les administrations | sur devis ; installable sur les serveurs du client |
| Kyutai (Paris) | un laboratoire de recherche ouvert (voix, traduction : Moshi, Hibiki) | chercheurs et développeurs | modèles publiés en accès ouvert |
| H Company (Paris) | des agents d’IA qui utilisent un ordinateur à ta place (modèles Holo) | les entreprises et les développeurs | offres pour entreprises, une extension Chrome gratuite |
| Lucie (Linagora, OpenLLM France) | un modèle ouvert entraîné par une société française et une communauté de recherche | développeurs | modèle téléchargeable, licence Apache 2.0 |
| Albert (DINUM, État) | l’IA de l’administration, qui fait tourner des modèles ouverts sur des serveurs en France | les agents de l’État uniquement | pas ouverte au public (ce qu’est Albert) |
Sources : mistral.ai, lighton.ai, kyutai.org, hcompany.ai, fiche de Lucie-7B, ia.numerique.gouv.fr.
Pour un salarié qui veut une IA pour écrire, une seule de ces sociétés propose aujourd’hui un assistant grand public : Mistral AI. Les autres vendent aux entreprises ou publient des modèles pour les développeurs.
Mistral AI, la plus utilisée
- Le siège : une société par actions simplifiée immatriculée à Paris, 15 rue des Halles (mentions légales).
- L’assistant : Le Chat est devenu Vibe le 28 mai 2026, selon l’annonce de Mistral. Il existe une formule gratuite, aux messages « limités », et des formules Pro, Team et Enterprise (tarifs).
- Les données : « par défaut, tes données sont hébergées dans l’Union européenne », mais selon la fonction utilisée, elles « peuvent être transférées temporairement hors de l’Union » (aide Mistral, 12/08/2026).
- L’entraînement : pour les particuliers, tes échanges servent à entraîner les modèles par défaut, sauf si tu le désactives ; l’offre Enterprise est exclue par défaut (aide Mistral, 03/09/2026).
- Les modèles ouverts : la plupart sont publiés sous licence Apache 2.0, qui permet de les utiliser librement, y compris en entreprise. C’est le cas de Mistral Small 4 (mars 2026). Certains modèles ont une licence plus restrictive pour les grandes entreprises (aide Mistral).
- Le capital : en septembre 2026, Mistral AI a levé 3 milliards d’euros, pour une valorisation de plus de 21 milliards ; le tour était mené par Samsung Electronics (communiqué). Une société française peut avoir des actionnaires étrangers : c’est le cas de la plupart des grandes start-up.
Et en Europe ?
- DeepL, la traduction, est une société allemande établie à Cologne (mentions légales).
- Aleph Alpha, l’IA allemande d’Heidelberg, a signé le 16 septembre 2026 un accord de rapprochement avec Cohere, une société canadienne ; l’ensemble portera le nom de Cohere, avec un double siège à Berlin et Toronto, sous réserve des autorisations (annonce de Cohere).
- Black Forest Labs, à Fribourg-en-Brisgau, fait des modèles d’images (FLUX).
- Silo AI, le laboratoire finlandais, a été racheté par l’américain AMD en août 2024 (communiqué d’AMD).
- L’Union européenne a lancé en février 2025 InvestAI, un plan qui vise à mobiliser 200 milliards d’euros, dont 20 milliards pour des « gigafactories » d’IA (Commission européenne).
La leçon de cette liste : la nationalité d’une société d’IA peut changer en un an. Elle se vérifie au moment de choisir, pas sur un article de 2024.
Ce que « français » garantit, et ce qu’il ne garantit pas
Une IA « française » répond à une question sur trois.

1. Qui l’édite ? C’est la seule que le drapeau tranche. Une société de droit français est soumise au droit français et européen, dont le RGPD. Encore faut-il regarder la société qui signe tes conditions d’utilisation. Hugging Face, la grande plateforme de modèles d’IA, a été fondée par trois Français, mais sa société mère, Hugging Face, Inc., est américaine, et sa politique de confidentialité indique que « la société et ses serveurs sont situés aux États-Unis » ; sa filiale parisienne est son établissement dans l’Union (politique de confidentialité). NVIDIA a en plus annoncé le 3 septembre 2026 un accord pour la racheter, pas encore conclu (annonce de NVIDIA).
2. Où tournent tes données, et chez qui ? Le drapeau ne le dit pas. Un modèle français peut tourner chez un hébergeur américain : Mistral AI a par exemple proposé ses modèles sur Microsoft Azure dès février 2024 (annonce). À l’inverse, Albert fait tourner sur des serveurs français des modèles ouverts, dont certains publiés par OpenAI. Ce qui compte pour tes textes, c’est l’endroit où ils sont traités, et la société qui exploite ces serveurs.
3. Quel droit s’applique ? Ça dépend du contrat, et de la nationalité de chaque maillon. Le CLOUD Act, une loi américaine de 2018, oblige un fournisseur soumis au droit américain à communiquer, sur demande légale, les données qu’il a en sa possession, sa garde ou son contrôle, même stockées hors des États-Unis (18 U.S.C. § 2713). Un hébergeur américain en France y reste soumis. Les transferts de données vers des entreprises américaines certifiées sont par ailleurs autorisés par une décision européenne du 10 juillet 2023, le Data Privacy Framework (décision 2023/1795). Le Tribunal de l’Union l’a validée le 3 septembre 2025 (communiqué de la Cour), mais un pourvoi est en cours devant la Cour de justice : ce cadre peut encore tomber, comme les deux précédents. Ce que ça implique pour ton entreprise est une question pour ton DPO ou ton juriste (les règles du RGPD sont résumées dans IA et RGPD) ; les offres d’OpenAI sont détaillées sous cet angle dans ChatGPT en entreprise.
Où sont hébergées les IA françaises ?
En France, le repère le plus exigeant pour un hébergeur est SecNumCloud, la qualification de l’ANSSI, l’agence nationale de la sécurité informatique. Sa version 3.2 (mars 2022) ajoute des critères de protection contre les lois extra-européennes, comme le CLOUD Act (référentiel). Une qualification porte sur une offre précise d’un hébergeur, pas sur toute l’entreprise, et elle a une date de fin.
| Hébergeur | SecNumCloud au 22/10/2026 | Offres concernées |
|---|---|---|
| OVHcloud | qualifié | trois offres d’infrastructure, dont « SNC Cloud Platform » (jusqu’en 2029) |
| Outscale (Dassault Systèmes) | qualifié | « IaaS Cloud on Demand », jusqu’au 30/11/2026 |
| Cloud Temple | qualifié | deux offres, jusqu’en 2028 |
| S3NS (Thales, technologie Google Cloud) | qualifié | son offre de cloud de confiance, depuis le 17/12/2025 |
| Numspot | qualifié pour l’infrastructure, en cours pour le reste | jusqu’en 2029 |
| Bleu (Orange et Capgemini, technologie Microsoft) | en cours de qualification | — |
| Scaleway (groupe iliad) | en cours de qualification | — |
Relevé le 22/10/2026 sur le catalogue des qualifications de l’ANSSI (mis à jour le 16/10/2026) et sa liste des qualifications en cours.
Deux nuances. Un hébergeur qualifié ne rend pas qualifiée l’IA qui tourne dessus : il faut que le service d’IA lui-même utilise l’offre qualifiée. Et « en cours » ne veut pas dire qualifié : un service hébergé chez Scaleway ou Bleu ne peut pas se dire SecNumCloud aujourd’hui. Scaleway, qui propose des modèles d’IA hébergés dans un centre de données à Paris (documentation), est par ailleurs certifié HDS, la certification des hébergeurs de données de santé, depuis 2024 (annonce).
Comment choisir une IA française ?
Avant de choisir, pose ces cinq questions, et cherche la réponse dans les documents de l’éditeur, pas dans sa publicité :

- Quelle société signe les conditions d’utilisation ? Son nom, son pays, sa maison mère.
- Où tes textes sont-ils traités, et chez quel hébergeur ? La page « où sont stockées mes données » ou la liste des sous-traitants (souvent dans un « Trust Center »).
- Tes textes servent-ils à entraîner les modèles ? Et le réglage est-il activé par défaut ?
- Combien de temps sont-ils conservés ? Après ta demande, après la suppression d’une conversation.
- Y a-t-il un contrat de traitement des données (DPA) pour ton entreprise, et l’hébergeur a-t-il une qualification ou une certification vérifiable sur le site de l’autorité ?
Selon ton cas :
- Pour un usage personnel ou des textes sans enjeu : Mistral Vibe, en coupant l’entraînement dans les réglages.
- Pour une équipe : une offre professionnelle avec DPA, des données hébergées dans l’Union et l’entraînement coupé par l’administrateur.
- Pour des données sensibles ou un marché public qui exige SecNumCloud : un service hébergé sur une offre qualifiée, vérifiée sur cyber.gouv.fr le jour du choix.
- Pour que tes textes ne partent nulle part : une IA qui tourne sur ton propre ordinateur, avec un modèle ouvert. C’est la seule option où la question de l’hébergeur ne se pose pas.
C’est ce que fait Keypop dans son offre gratuite : l’IA locale tourne sur ton ordinateur, gratuitement, avec juste un compte avec ton email. L’offre Pro ajoute une IA cloud hébergée à Paris chez Scaleway (qualification SecNumCloud en cours), sans conservation de tes textes ; en mode automatique, elle prend le relais sur un poste de moins de 12 Go de mémoire et pour certaines rédactions.
Les pièges à éviter
- « IA française » sur un outil qui revend un modèle américain. Beaucoup d’outils conçus en France s’appuient sur les modèles d’OpenAI, d’Anthropic ou de Google : la société est française, le traitement ne l’est pas forcément. Leur liste de sous-traitants le dit.
- « Hébergé en France » chez un hébergeur américain. Les serveurs sont en France, le droit américain peut s’appliquer à l’hébergeur.
- « Qualifié SecNumCloud » sans précision. Vérifie le nom exact de l’offre et sa date de fin dans le catalogue de l’ANSSI.
- Les classements de « start-up IA françaises » : ils mélangent assistants, outils d’images et laboratoires de recherche, et ne disent rien de tes données.
Pour aller plus loin sur l’IA hébergée en France et en Europe : les ressources souveraines.




